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Ce n'est pas possible - ce ne peut pas être nous. [Sasha H.]

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» Jill Boly
Hume

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MessageSujet: Ce n'est pas possible - ce ne peut pas être nous. [Sasha H.] Dim 11 Oct - 21:26



Ce n'est pas possible - ce ne peut pas être nous.
Sasha Helsebus & Jill Boly.

Pour la dixième fois en l'espace de quelques minutes, Jill regarde l'heure sur l'horloge du Café du Sentier Perdu. Il est vingt heures vingt-quatre, par conséquent il lui reste encore deux heures et demi à travailler. Elle se demande si le temps fait exprès de s'écouler si lentement, s'il y a une loi quelque part dans l'univers qui indique que les lundis soir, être au bar est particulièrement pénible et que donc, pourquoi les heures se presseraient-elles de partir ? Jill est près du comptoir, elle dispose deux verres de Chimay sur un plateau pour la sixième table. Me Café est assez rempli, pas bondé, mais sans être désert. La lumière diffusée rend la pièce rouge, qui résonne de rires, de voix et de bruits de couverts heurtant le bois vernis des tables. Jill songe qu'elle devrait s'estimer satisfaite d'être employée ici, où la clientèle n'est pas (trop) composée de maquereaux, d'ivrognes ou de bagarreurs. Jusqu'à présent, il n'y a jamais eu de problème. Pourtant, elle n'arrive pas à être à l'aise quand elle aide sa patronne, la sœur de Jeremiah, trois soirs par semaine en étant serveuse.

Au début, elle avait peur de se retrouver face à tant de gens, face à tant de commandes, à tant de travail. Elle regrettait presque la journée où elle faisait le ménage, et où au moins personne ne lui accordait d'attention. Et puis, au fur et à mesure, elle s'est habituée. Elle n'a plus vraiment peur, et la seule chose qui l'ennuie véritablement au cours de ces soirs d'ouvrage, c'est de devoir prendre le dernier métro pour rentrer au Quartier Sud, lequel n'est jamais aussi sinistre que la nuit venue. En Irlande, Jill avait tanné Ernest, son compagnon, pour qu'ils économisent et achètent une voiture. Mais ce projet ne s'était jamais concrétisé, et à Colin's Island comment diable Jill parviendrait-elle à s'acheter un véhicule ? Elle aimerait bien, pourtant, car être tributaire des transports en commun l'énerve. Elle a l'impression d'y perdre un temps précieux.

La table n°6 a pour clients deux jeunes filles de peut-être dix-sept ans, qui ont étalé sur le bois vernis une pile de feuilles de cours. Jill les voit souvent, elles commandent toujours deux verres de Chimay, parfois un garçon ou une troisième fille les rejoignent. Elles ont déjà dit à Jill ce qu'elles étudiaient au lycée, mais leur interlocutrice ne s'en souvient plus. Alors qu'elle tend les bières aux deux clientes qui la remercient, elle jette un coup d’œil furtif aux feuilles de cours. Et n'y comprend rien, car elles sont rédigées en français, et Jill ne connaît que l'anglais. Elle se promet qu'un de ces jours, elle se mettra sérieusement à l'apprentissage du français. Pour le moment, tout ce qu'elle sait dire est « merci, bonjour » et « merde ». Les clients francophones emploient souvent ce dernier terme. Jill songe qu'elle aura certainement un accent épouvantable si un jour elle mène une conversation en français, mais elle voudrait bien les voir s'exprimer en gaélique, tiens !

En notant sur un cahier la commande des trois clients de la table n°12 – une famille souriante composée du couple et d'un petit garçon de six ou sept ans (il ressemble un peu à Charlie) – Jill pense qu'à l'âge des étudiantes francophones, elle était enceinte de son fils et ne suivait plus le moindre cours. Après avoir transmis les demandes à la sœur de Jeremiah, elle regarde une fois de plus l'horloge et constate qu'il est vingt heures trente-huit. A l'extérieur, il fait déjà nuit. Le mois d'octobre est froid, et Jill songe que le poêle à bois du n°10 ne suffit plus pour se chauffer, qu'il va bien lui falloir acheter du mazout et activer le chauffage central. Elle a repoussé le moment de le faire le plus loin possible, à cause de l'argent, mais si elle ne veut pas que ses enfants souffrent du froid il est temps de s'y mettre.

A vingt heures quarante-cinq, Jill s'autorise une pause. Elle se rend dans les toilettes réservées au personnel, s'appuie contre le lavabo et allume une cigarette. Elle ne se sent pas tellement bien. Pas nerveuse, plutôt... Fatiguée. Fatiguée de tout. Elle fume lentement, et une pensée bizarre lui vient à l'esprit : dans ce bar, elle est en sécurité. Le pire qui puisse lui arriver est d'être virée, mais elle estime accomplir un travail satisfaisant pour ses supérieurs, donc tout va bien. Au n°10, avec ses enfants, rien n'est sûr. Il faut se charger du chauffage. Des repas, du repassage, de la lessive. Il faut s'assurer que tout le monde mange à sa faim et a suffisamment de vêtements propres à se mettre sur le dos. Jill aime ses enfants, elle les aime plus que tout, mais elle n'a pas envie de rentrer chez elle. Ni de rester ici. C'est ça qui l'effraie et l'agace en même temps, cette incertitude, ce paradoxe, cette sensation de n'être bien nulle part.

Jusqu'à présent, Jill était dos au miroir de la pièce. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle éprouve soudain le besoin de voir son image, de se rendre compte à quoi elle ressemble. Après avoir pivoté, elle le regrette. Son reflet n'a rien de flatteur. Elle est là, avec son visage pâle, ses yeux cernés, ses cheveux bruns ébouriffés. Elle a l'air terriblement usée, c'est l'adjectif qui lui vient en premier, usée. Elle a vingt-quatre ans et elle a l'impression que la femme du miroir en a presque le double. La femme du miroir est maigre, tient une cigarette dans sa main droite, porte par-dessus sa chemise blanche le tablier noir de serveuse, avec le nom du café pour lequel elle travaille ; elle ne sourit pas, ses yeux marron ont une expression étrange, dure et en même temps comme vaincue, harassée. Jill se passe la main dans les cheveux, les rendant encore plus hirsutes. La femme du miroir l'imite, et pourtant Jill a du mal à croire que cette femme est son reflet, est elle. Ce n'est pas possible. Elle ne peut pas être si laide et si vieille.

Elle jette la cigarette éteinte dans une poubelle, sort en vitesse des toilettes et se replonge dans l'atmosphère gaie du bar. A la huitième table une nouvelle cliente a pris place, une femme aux cheveux rouges, plutôt petite et ronde, qui n'a pas l'air plus heureuse que la serveuse qui s'approche d'elle, presque par automatisme maintenant. « Bonsoir » dit cette dernière, en anglais évidemment. « Vous avez déjà choisi ce que vous prendrez ? »

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« N'aurait-on pas dit qu'elle avait demandé au ciel trente mille francs de rente et des égards ? »
L'Assommoir.

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ICI.
Vous me retrouverez incarnant aussi Jolibelle.
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