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Combler le vide [jolibelle]

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Reion


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MessageSujet: Combler le vide [jolibelle] Mer 16 Sep - 23:31

Il y a quelques mois alors que Abe était rentré un peu plus tard que d'habitude, un poil éméché, Gareth, son protecteur, lui annonça de but en blanc qu'il partait. Le jeune homme était resté bien silencieux cette nuit là mais ça ne le surprenait pas. Il le connaissait bien depuis le temps. Ils discutèrent une partie de la nuit tous les deux et Gareth lui expliqua que rester ici était pour lui une perte de temps et que de toute façon cela faisait bien longtemps que sa maison était la bibliothèque. Rester coincé entre les quatre murs de cet appartement n'était pas bon pour son moral apparemment. Alors ça ne servait à rien de se voiler la face. Il partait et sa décision était prise depuis longtemps. Le lendemain quand Gareth passa la porte Abe fut même surpris par le peu d'effets personnels qui lui restait dans l'appartement et comme chaque jour en bons vieux rats de bibliothèques les deux compères firent le chemin ensemble. Mais le soir venu alors que le blondinet rentrait seul ça lui sauta aux yeux. Cet appartement ne lui avait jamais parut si grand et surtout, si vide. Adepte de la bonne compagnie Abe prit la décision de passer une annonce le lendemain même, puisqu'une place se libère, autant la faire partager.



 ~ Quelques temps plus tard


"Qu'est-ce que tu fiches encore bougre d'andouille ?!"

La voix rocailleuse de Gareth avait un attrait qui faisait sourire mais qui paradoxalement lui ôtait toute crédibilité. Il avait beau vouloir se montrer sévère ça ne marchait jamais vraiment, et lorsque cela fonctionnait, valait mieux prendre ses jambes à son cou : parole d'Abe !

"Attends 5 minutes je finis de lire ce bouquin et je viens t'aider !"

On avait rarement entendu des gens brailler autant dans une bibliothèque mais c'est comme ça que ça marchait avec Gareth et tous les deux formait un duo bien raccord après tout ce temps. En pleine lecture Abe s'était mis à se balancer sur sa chaise, les pieds croisés et posés sur la table en face de lui. Une posture ambitieuse due en réalité à de sales habitudes.
Son téléphone sonna alors dans sa poche l'obligeant à détacher son attention l'espace d'une seconde. Il farfouilla et avec le bouquin ouvert dans l'autre main décrocha mais l'esprit n'y était pas, plus distrait ça n'existait pas. Toutefois la voix à l'autre bout ne lui était pas familière et lorsque la raison de l'appel vint sur le tapis le lecteur aguerri fut bien obligé de lâcher son livre. Il voulut se rasseoir correctement  mais dans une mauvaise entreprise de sa part la chaise finit par basculer totalement, le faisant tomber dans un fracas pas possible. Il se releva en frottant son coccyx endolori et en ignorant parfaitement Gareth qui râlait de plus bel. Avec sa chute le jeune homme n'avait même pas eut le temps de répondre à son interlocutrice (puisque visiblement c'était une femme).

"Excusez moi... Vous disiez que vous étiez intéressée par mon annonce ?"



 ~ Quelques jours plus plus tard (encore)



Voilà comment c'est arrivé. Il ne faut pas grand chose parfois, d'un côté la volonté de partager un toit et de l'autre celle de dormir dessous. C'était d'ailleurs l'idée de base, qu'importe la personne pourvue qu'elle cherche un endroit où se loger. Tout s'était précipité et Abe avait dû se démener pour rendre l'appartement le plus nickel possible. Tout l'appart était lavé du sol au plafond, sauf peut-être sa chambre mais en voyant l'étendue des dégâts le Reion avait choisis d'ignorer cette pièce. Le reste en revanche était clean. Rien à traîner, tout était bien rangé là où il fallait et même en prime une odeur de propre vagabondait dans toute la pièce de vie. Ça n'avait pas été une mince affaire et comme la plupart du temps pour ce genre de futilités Abe s'était même interdit d'utiliser ses pouvoirs. Autant dire que le ménage était proscrit désormais. Il avait finit par prendre une douche et avait terminé par se laisser tomber lourdement sur son pieu. Toute envie l'avait quitté et l'endorphine libérée par l'effort aurait presque eut raison de lui. 
C'est alors que quelqu'un sonna et Abe s'exécuta. Il se renseigna sur l'heure rapidement et se dirigea vers la porte en ébouriffant sa tignasse encore légèrement mouillée. Il posa une main sur la poignée, inspira un bon coup et ouvrit la porte. 

"Bonjour." Salua-t-il simplement.

Il s'écarta du cadre de la porte et invita la personne à entrer à l'intérieur d'un geste de la main. (Il lui sembla même en avoir trop fait) Il affichait un sourire coincé entre la gène et l'indécision. Le fait est que ce genre de situation était une première pour lui.  

"Et bienvenu par la même occasion."


Dernière édition par Abe Jarva-urquine le Mar 22 Sep - 13:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Lun 21 Sep - 21:42



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


Chère,

Aujourd'hui, je déménage. Ne t'inquiète pas pour la pile de paquets que j'ai faits en quatrième vitesse hier (j'y ai facilement passé la journée. Tu me connais, j'entreprends toujours tout à la dernière minute), j'ai téléphoné à Anthony Myers, il est venu m'aider à les descendre jusqu'à sa camionnette. Ça tombe bien qu'il en ait une assez grande pour qu'on puisse y caser pas mal de choses dedans, ça m'évite d'appeler l'entreprise de déménagement de l'île qui, tu le sais, est fort chère et comme je n'ai pas vraiment de subsides ces derniers temps... C'est d'ailleurs pourquoi je déménage, autrement j'aimais bien mon appartement, mais bon sang qu'est-ce que le propriétaire demande comme loyer ! Alors, tu penses bien, quand j'ai vu l'annonce de colocation de l'autre Reion qui habite au Quartier Est, j'ai sauté sur l'occasion. En plus, ce n'est pas très loin d'ici, et le loyer divisé en deux est beaucoup moins onéreux. Bref, c'était l'offre idéale.

A propos, hier, en empaquetant tout mon bordel, sais-tu sur quoi je suis tombée ? Sur le vieux roman de Zola que tu lisais si souvent. Quand j'avais essayé de m'y mettre, je n'avais pas su dépasser la page vingt. Je ne sais pas ce qu'il faisait là, puisque je ne l'ai moi-même jamais lu – j'ai déjà oublié le titre, soit dit en passant... Mais je ne l'ai pas jeté, rassure-toi. Sur les pages jaunies il y a encore les notes que tu as écrites, les passages que tu as soulignés. Je me demande quelle signification ils avaient pour toi. En tout cas j'ai mis ce roman dans un carton avec les autres. En souvenir.

En fin de matinée, Anthony est arrivé, nous avons chargé tout le bazar et ça nous a pris du temps, crois-moi ! Après ça, nous avons été manger dans le Café du Sentier Perdu, dans le même quartier, c'est un coin sympa. Anthony a insisté pour régler la note, ça m'arrangeait bien, même si la soupe aux légumes ne coûtait pas très cher. Il faut bien t'avouer une petite folie de ma part : je n'ai pas résisté à acheter un nouvel Iphone. Tu comprends, le dernier avait l'écran griffé et... Enfin bon. Anthony l'a admiré mais il m'a dit aussi que je ne devrais pas jeter l'argent par les fenêtres alors que je suis encore au chômage. Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas comprendre et il n'a rien répliqué.
C'est avec cette nouvelle acquisition que j'ai téléphoné au mec de la colocation pour lui dire que j'étais intéressée et tout. Par chance, il parlait français – quand je m'exprime en anglais, c'est terrible, encore pire que toi, ça fait bien rire Anthony d'ailleurs – et en plus il m'a acceptée tout de suite. Il s'est passé quelque chose de bizarre durant cet appel, il y a eu soudain un grand bruit, comme un truc gros qui tombe et puis le type est revenu au téléphone. Je n'ai pas bien compris, mais ça n'avait pas l'air très grave, l'important c'était d'obtenir la place.

Une fois payé le repas au Café du Sentier Perdu, Anthony et moi sommes partis pour le second appartement. Quitter l'ancien m'a fait de la peine. J'étais accoutumée à le voir bien bordélique, et soudain il ne restait plus rien, les pièces étaient totalement vides. En remettant la clef au propriétaire je me sentais le cœur un peu lourd, mais je n'en ai pas parlé à Anthony. Il vit au Quartier Sud, alors si je m'étais lamentée sur un appartement, il se serait énervé, à mon avis.
Nous sommes donc partis, et comme brusquement on n'avait plus rien à se dire, Anthony a allumé la radio et on a écouté de la musique classique. Anthony, avec son look de camionneur, il n'a pas vraiment l'apparence de l'homme qui écoute du Vivaldi. Quand je lui ai demandé pourquoi il passait des trucs aussi pourris, il m'a répondu : « Au moins, je suis sûr que tu ne les chanteras pas. » Connard, va.

Mon nouveau colocataire a un drôle de nom, il s'appelle Abe Jarva-Urquine. Je suis peut-être mal placée pour dire ça, puisque je me présente partout comme étant Jolibelle (tout ça, c'est de ta faute !). Nous étions tout près de chez lui quand, sur le trottoir, on a vu une femme de peut-être quarante ans, assise à terre avec une valoche en piteux état et deux grands sacs plastiques bourrés. Elle était assise là, les yeux vides, et elle clopait. Ses cheveux étaient sales et son visage tout tiré. Il faut te dire qu'il pleuvait – et qu'il pleut encore, en fait – et que ça faisait plutôt mal de voir quelqu'un assis à terre, en train de se faire tremper et tout. Je l'ai bien vue parce qu'on était au feu tricolore. Là, Anthony a dit un sale truc, il a dit « tous ces étrangers qui viennent chez nous aut', ils feraient mieux de rester chez eux et de se battre s'il y a la guerre. C'est pourtant pas compliqué ! » J'ai trouvé ça plutôt salaud mais comme j'avais besoin de sa camionnette, je n'ai pas protesté. C'est moche de ma part, je sais, mais bon, ce n'est pas comme si j'avais acquiescé. Je n'ai juste rien dit. Ce n'est pas si mal, non ?
Ce qui m'a assez perturbée c'est que cette femme, même si on voyait qu'elle venait d'un autre coin du monde, elle te ressemblait.

Quand on est enfin parvenus à l'immeuble d'Abe Jarva-Urquine, Anthony a déchargé tous les paquets, cartons et les meubles, il m'a dit qu'il était vraiment désolé mais qu'il ne pouvait pas rester plus longtemps, à cause de ses mômes qu'il doit aller chercher à l'école. Ça m'a semblé louche comme excuse, et assez vachard de sa part de se tirer ainsi, mais j'ai dit ok, et merci pour tout. Il est parti sans demander son reste – à mon avis il ne voulait juste pas fréquenter un Reion. Des fois il me regarde bizarre à cause de ma classe sociale. C'est pourtant pas ma faute s'il n'est qu'un Hume !

J'ai pris l'ascensceur jusque chez Abe, j'étais un peu stressée en sonnant à la porte. J'ai passé la main dans mes cheveux – je les avais brossés durant le trajet – et j'ai souri du mieux que j'ai pu. Lorsque la porte s'est ouverte sur un jeune gars de mon âge à peu près, assez grand avec des cheveux blonds, et pas très bien habillé. C'est marrant mais il n'avait pas l'air plus à l'aise que moi. Il m'a dit bonjour puis il s'est effacé pour me laisser entrer, en me souhaitant la bienvenue et tout. Ça m'a fait sourire plus franchement, et j'ai répondu : « Merci. Je suis Jolibelle, et vous devez être Abe. Enchantée ! » Je lui ai tendu la main sans réfléchir. En fait, moi aussi j'en faisais un peu de trop. J'ai rapidement examiné l'appartement du coin de l’œil, il était vaste et impeccablement propre. Avec un peu de culpabilité j'ai pensé que j'avais horreur du ménage que mon ancien appartement était ce qu'il était : ni bien rangé ni toujours très propre. « Ça a l'air grand pour une seule personne, ici, je comprends que vous ayez voulu une colocation » j'ai dit, « mais en tout cas c'est un bel appartement. » Je voulais surtout lui faire plaisir avant d'aborder le sujet qui fâche : « Dites-moi, je suis venue ici avec un... Ami pour transporter les meubles et tout ça. Seulement, cet ami a eu un empêchement, il a dû partir plus tôt que prévu, et toutes mes affaires sont en train de prendre la pluie. Vous voulez bien m'aider à les monter ici, s'il vous plaît ? »
Je me suis dit qu'Abe avait tout de même l'air plus fiable qu'Anthony Myers.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Mar 22 Sep - 21:52

Abe comprit vite que cette rencontre un peu trop solennelle venait du fait que tous les deux n'étaient pas vraiment à l'aise avec la situation. Le plus étonnant c'est que ce fut un tremplin pour lui. Au final, l'un comme l'autre s'habitueraient très vite Abe en était certain. Sa nouvelle coloc' avait fière allure pour ne pas dire qu'elle était franchement mignonne. Tellement mignonne qu'elle était forcée d'en être un minimum consciente et ce qui inquiéta le plus le petit hôte c'est que cela n'est déteint sur son caractère.  Elle le remercia et entra tout en se présentant. Elle lui présenta sa main ce qui arracha au blondinet un petit air amusé. Il glissa sa main dans la sienne sans serrer ou presque. (non qu'il manque de confiance en lui mais ses grandes mains lui donnaient toujours l'impression de broyer celles des autres). A l'inverse de ce qu'il avait pu croire elle avait l'air plutôt cool, ce qui ne pouvait être qu'une bonne chose. Il répondit d'un ton jovial couplé à un sourire.

"Je suis enchanté moi aussi."

A sa remarque Abe se sentit gêné, presque rougir. Elle devait penser "Quel Reion peut se payer un appartement pareil à lui seul ?" ou encore "C'est le genre de décor pour compenser autre chose ?". Il songea que quelques temps auparavant Gareth aurait été là lui aussi. Est-ce que ce vieux grincheux lui manquait ? Il réfléchit à l'idée l'espace d'une seconde.

*N'importe quoi, qu'est-ce que je vais m'imaginer encore...*

Puis elle le complimenta par rapport à l'appartement et tout se dissipa d'un seul coup. A sa façon de se monter la tête le jeune homme sentait bien que son comportement était démesuré. Cela devenait du grand n'importe quoi... Il devait, et allait, se détendre. Puis elle enchaîna, et soudain tout s'éclaira. Elle avait ce ton et cet air un peu ailleurs cette teinte dans la voix qui veut dire : "J'ai un service à te demander." Il l'avait entendu tant de fois celle-ci. Quand on a l'aptitude de courir vite c'est toujours à vous que l'on demande la moindre petite chose. Mais elle ne pouvait pas déjà le savoir, n'est-ce pas ? Avait-elle enquêté sur lui...? Il s'arrêta à nouveau. 

*Il faut vraiment que j'arrête.*

"D'accord, aucun problème." Répondit-il pratiquement du tac au tac.


Cette réponse lui collait à la peau et certains disaient que c'était parfois naïf de sa part. Toutefois ça n'était pas correct de laisser une demoiselle tout faire toute seule et sous le pluie de surcroît. D'un autre côté, pas question d'y passer des heures. En réalité ça ne l'arrangeait pas. Il se revoyait faire le ménage à la sueur de son front sans user de son pouvoir diablement efficace. Il savait que c'était comme d'avoir ce que l'on veut quand on veut et que ce n'était pas bon d'en user à tort. Un jour peut-être, finirait-il par ne plus faire d'effort pour rien et ce n'en serait que plus pathétique. Il pesa le pour, puis le contre. Puis la pluie l'emporta. Il rouvrit la porte d'entrée qu'il venait de fermer et écarta sa nouvelle colocataire du passage.

"Tu ne bouges pas d'un poil, j'en ai pour... disons 30 secondes ?"

Il avait peur qu'elle ne déambule devant l'entrée alors que lui remontrait les marches et étant charger à ce moment là Abe ne voulait pas la heurter, notamment à toute vitesse. Le jeune homme souffla un bon coup, lorgna sur sa montre et le temps de dire ouf, on ne le voyait plus. Les affaires s'entassèrent dans la chambre de Jolibelle (en théorie) et dans le salon à une vitesse ahurissante. Quand Abe abandonna son don après avoir posé le dernier carton celui-ci manqua de se renverser avec le recul. 


Une fois debout on pouvait remarquer que le jeune homme respirait fort et très vite, lui-même ressentait des palpitations dans son cœur et maudissait ces satanés escaliers. Il respira un bon coup comme avant de prendre son élan et dis d'un rythme saccadé :

"Je vais... Je vais avoir besoin de... Désolé c'est pas évident." Il marqua une pause. "Je vais avoir besoin de ton aide pour les choses les plus lourdes."

Il se serait bien affalé sur le sol illico mais ça n'aurait pas motivé les troupes, bien au contraire. A la place le bibliothécaire par intérim gonfla le torse et entreprit de reprendre son souffle définitivement. Il ouvrit le placard près de l'entrée et en retira une veste, puis une seconde. Le problème quand on fait les cartons c'est que c'est toujours ce dont on a besoin qui est dedans. Alors en voyant cette chevelure toute scintillante et bien coiffée et en avisant de la pluie qui ne semblait pas vouloir s'arrêter Abe avait opté pour lui prêter une veste. Il tendit la veste supplémentaire à Jolibelle et enfila la première manche de la sienne.

"Tiens, ce n'est pas génial mais au moins tu auras de quoi te couvrir."

Dieu merci, le plus dur était fait. Ils n'auraient plus grand chose à ramener. Abe passa devant et appela ascenseur. Son perpétuel sourire guilleret à peine visible trahissait son optimisme. Il songeait déjà à la sensation de la tâche accomplie une fois que ce serait terminé. Il se tourna vers la jeune femme avec un sourire alors que l'ascenseur était en train de monter.

"J'espère pour toi que personne ne t'as rien piqué parce que si je dois courir dans toute la ville pour retrouver le coupable je crois que je ne vais pas m'en remettre."
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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Dim 27 Sep - 18:45



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


Chère,

Mon nouveau colocataire est amusant. Il m'a assuré qu'il était enchanté lui aussi, avec un grand sourire et tout, et c'est bien là que j'ai compris qu'on était un peu ridicules tous les deux. J'ai souri aussi, et lui s'est mis à rougir un brin quand j'ai commencé à lui parler de son appartement. Mais ça lui est vite passé, et à vrai dire quand je lui ai demandé s'il pouvait m'aider pour les cartons il n'a pas paru emballé. Pourtant il a assuré qu'il n'y avait aucun problème, et après avoir hésité légèrement, il a rouvert la porte en m'ordonnant de ne pas bouger. Il a affirmé qu'il en avait pour trente secondes. Je veux bien que les hommes soient vantards, mais quand même ! J'ai voulu lui dire qu'il y avait beaucoup de machins, qu'il allait être surpris et que bon Dieu je n'allais pas le laisser tout faire seul ! Mais j'avais à peine ouvert la bouche qu'il a disparu. Et puis j'ai vu une espèce de tornade apporter les cartons un à un dans l'appartement. En fait, c'était Abe, qui bougeait à une vitesse incroyable et qui remontait tout mon bordel en haut. Sur le coup j'ai été sacrément surprise, je peux te dire, ça m'a même fait peur quelques minutes, avant que je comprenne que c'est juste son pouvoir. Il y en a qui chantent et d'autres qui courent, voilà tout.

Je n'osais pas trop bouger ni rien, jusqu'à ce que Abe reparaisse, je veux dire à la vitesse normale. Il avait empilé tous les cartons et il avait l'air éprouvé, le pauvre garçon. Il respirait très fort, et quand il s'est mis à parler c'était d'une voix haletante. Il m'a dit qu'il avait besoin d'aide pour le reste. Là, je n'ai pas pu m'empêcher de rire, mais pas méchamment, juste parce que ça me touchait et tout. « Hé » j'ai dit, « faut pas vous tuer à la tâche comme ça. Il pleut, d'accord, mais ne me faites pas un infarctus ! » J'ai dit ça sans vraiment réfléchir et après, ça m'a fait bizarre parce que d'ordinaire je suis incapable de plaisanter sur le sujet de l'infarctus et autres arrêts cardiaques. Mais là, avec Abe, ça ne m'a pas fait de mal ni rien. Je n'ai même pas pensé à toi.

Bref, après avoir récupéré, Abe s'est redressé et a sorti d'une armoire deux vestes imperméables, il a enfilé l'une et m'a tendu l'autre. Je l'ai remercié, tu penses bien si ça m'arrangeait, j'avais mon manteau noir tout neuf mais il était plus chaud qu'imperméable, alors je l'ai enlevé et j'ai mis la veste d'Abe. Après quoi on a pris l'ascenseur et dedans, Abe m'a dit qu'il espérait que personne n'avait rien volé, parce qu'il se sentait incapable de courir dans toute l'île pour retrouver le coupable. « Le plus précieux est dans les cartons » j'ai répondu en souriant. J'ai imaginé quelqu'un chapardant le vieux roman que tu lisais toujours. « Et, de toutes manières, je connais d'autres personnes pour faire le sale boulot de retrouver les voleurs. » Bon, d'accord, je frimais. Quoique à mon avis Anthony Myers tabasserait facilement quelqu'un pour moi si je le payais – mais question fric que je ne suis pas vraiment à la hauteur en ce moment.

En arrivant dehors, j'ai remonté la capuche de la veste, il pleuvait réellement fort. Sur le trottoir il ne restait plus que ma commode en bois blanc et ce tabouret de pianiste en velours rouge que j'ai récupéré chez je ne sais plus qui. Je me demande si ce n'est pas Alicia Cohen qui me l'a vendu l'année dernière. Ce tabouret est plutôt encombrant mais il donne une allure folle à une pièce. Rien n'avait l'air d'avoir été volé en tout cas.

Quand j'ai été à la hauteur des meubles, je me suis dit que sauver le tabouret en premier était un bon choix, et comme il est drôlement lourd l'aide d'Abe n'était pas superflue. C'est bizarre mais dans la porte vitrée de l'immeuble j'ai vu notre reflet, à tous les deux, nos cheveux blonds, notre grande taille, j'ai pensé à mon frère Mathieu, qui vit au Centre-Ville avec son épouse et leurs deux mômes – sans compter Lo – j'ai pensé à ce frère que je n'aime pas et je me suis dit bon sang pourquoi est-ce que j'ai dix fois plus d'affection pour un inconnu comme mon colocataire que pour mon propre frère ?

Peut-être que ça a assombri ma bonne humeur, en tout cas j'ai évoqué Lo, aussi, et je me suis dit que ça faisait longtemps que je ne l'avais plus vu et je me suis sentie coupable. Je regrette vraiment que tu n'aies jamais pu le voir, parce qu'il est adorable. Son père était un fieffé salopard mais lui, je ferai en sorte qu'il ne suive pas les traces de son géniteur. Je me suis dit si seulement j'étais tombée sur un mec bien, un mec qui aurait empilé les foutus cartons pour moi, m'aurait aidée à remonter le reste, m'aurait prêté une veste ; peut-être que j'en serais pas là. Peut-être que Lo et moi on serait dans une belle maison en ville, bien décorée, avec un Servant à nos pieds, et en claquant des doigts on aurait tout ce qu'on voudrait. Je ne me préoccuperais plus jamais de savoir si j'ai assez d'argent pour les courses de la semaine, je ne serais plus jamais au chômage mais à la tête d'une grosse boîte, et faisant travailler d'autres à ma place. J'élèverais mon fils et on ne serait plus jamais séparés. On lirait les soirs d'automne au coin du feu, et le soir le mec bien reviendrait de son boulot de chef d'entreprise, en costard cravate et tout le bataclan. Il m'embrasserait en me demandant si la journée s'est bien passée et Lo courrait vers lui en criant papa d'une voix joyeuse. Et puis on dînerait dans la belle salle à manger toute propre et on serait heureux, ah ça oui, fichuement heureux si on était riches.

Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé tout ça alors qu'il pleuvait et tout. J'ai dû avoir l'air complètement perdue un moment, ça m'arrive des fois et ça m'énerve. Surtout que je n'aspire jamais à des trucs réalisables. « Abe ? » j'ai dit. « Votre veste, elle me plaît bien. »
C'était la vérité.


HRP :
 

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Dim 27 Sep - 23:10

Le jeune homme avisa, au moins le plus précieux était monté donc, ça n'était pas plus mal. Lorsqu'elle fit une remarque sur le fait qu'elle connaissait des gens pouvant débusquer un voleur Abe fut un peu prit de court. Qu'en penser ? D'un côté, c'était le genre de relations que Abe aurait aimé avoir car d'une part ça pouvait servir et en plus cela semblait plutôt cool. D'un autre côté si elle connaissait ce genre de personnes, le jeune homme devait noter dans un coin de sa tête de ne pas l'emmerder ni même lui laisser un goût amer au travers de cette colocation. Qui sait, il pourrait bien s'en mordre les doigts plus tard.


L’ascenseur était arrivé et quand Abe et Jolibelle arrivèrent en bas, celle-ci prit les devants en suggérant de commencer par le tabouret pour lui épargner la pluie. Le blondinet qui n'y connaissait rien acquiesça sans broncher. Elle devait mieux savoir que lui puisque cela concernait ses affaires et puis à vue de nez elle avait raison. Ils partirent donc en quête de l'appartement, ce ne fut pas facile mais à deux c'était tout à fait faisable et une fois parti ça irait très vite. Ils passèrent devant l'entrée de l'immeuble, devant la porte vitrée et Jolibelle marqua un arrêt. Au départ Abe se demandait si elle n'avait pas mal quelque part ou si ce n'était pas trop lourd mais en réalité elle avait l'air perdu dans ses pensées. Puis à un moment elle l’interpella. Il la fixait déjà quand elle dit son nom, et sa remarque le fit sourire. Est-ce qu'elle voulait le flatter à nouveau pour obtenir une faveur ? Cela n'y ressemblait pas.

« Tu me rassures j'avais peur que ça ne te convienne pas.  »

A part pour ses chaussures, Abe était plutôt d'un naturel prêteur notamment si l'on parle de nourriture et de vêtements. Le seul bémol c'est que lorsqu'il prêtait quelque chose à quelqu'un le jeune homme était toujours un peu turlupiné par le fait que ça puisse ne pas convenir à la personne concernée. Alors si la veste lui convenait, tant mieux.


Sur cet échange le jeune homme fit un légers signe vers la porte et tout deux reprirent leur ascension. Il fallut bien reconnaître que ça n'avait rien d'une balade de santé mais au bout du compte les deux déménageurs du dimanche parvinrent tout de même a monter le tabouret sans encombre. Il le posèrent dans un coin et entreprirent d'aller chercher le dernier meuble en bas, ce ne serait d'ailleurs pas le plus évident à monter. Durant la descente vers le hall de l'immeuble le jeune homme prit la parole.

« Dis-moi, ce n'est pas que cela me dérange vraiment mais ça me fait drôle que tu me vouvoies. Qui plus est moi je suis plutôt un adepte du tutoiement. Alors, si tu veux, tu n'as qu'à me tutoyer aussi. »


Il n'y faisait plus attention mais en effet, sauf si la situation l'oblige Abe ne vouvoyait presque jamais les autres personnes. Qui plus est sa première impression de Jolibelle l'avait plutôt convaincu alors le « tu » était venu de lui-même. Mais alors dans ce cas là, à vouvoiement contre tutoiement le blondinet avait du mal. Si elle continuait à le vouvoyer alors c'est lui qui finirait par la vouvoyer. Il prit un peu d'avance dans le hall et se retourna en haussant les épaules l'air de dire « peu importe ». Il affichait toujours un fin sourire et pour finir celui-ci ajouta.

« Enfin, c'est toi qui vois, je ne vais pas te forcer. »

Il ouvrit la porte qui menait vers l'extérieur et la maintint ouverte pour laisser passer sa colocataire. Finalement l'emménagement touchait à sa fin. Il conclut son acte par une courbette exagérée plus là pour faire sourire qu'autre chose.


« Après toi. »
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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Lun 28 Sep - 20:36



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Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.



Chère,

C'est dommage que tu ne puisses jamais rencontrer mon nouveau colocataire. Il est plutôt surprenant, et il a quelque chose de naïf qui me plaît. En fait, je m'en voulais presque de lui raconter n'importe quoi avec mes subalternes pour tabasser des gens dont la gueule ne me reviendrait pas. Je m'en voulais aussi d'avoir imaginé une famille idéale avec Lo et tout, parce que je sais bien que tout ça n'arrivera jamais. J'ai essayé de ne plus penser à toutes ces conneries en montant l'escalier avec le tabouret – et je peux t'assurer que monter avec ce meuble ça n'a pas été facile ! Qu'est-ce qui m'a pris d'acheter un truc pareil, bon Dieu ? Anthony Myers a raison, je claque du fric à n'importe quoi. Et je conserve des vieilleries sans intérêt. Bref, Abe et moi on a pas mal galéré pour hisser ce tabouret dans l'appartement mais finalement nous y sommes parvenus.

Après l'avoir posé dans une pièce, on est redescendus pour aller chercher le dernier fichu meuble, et je ne sais pas si le ciel se foutait de nous mais il pleuvait encore plus fort, et je n'arrêtais pas de me dire que ma commode allait être bousillée : l'eau allait la ronger et elle allait pourrir. Je n'étais pas sûre que le vernis soit de bonne qualité, parce qu'elle n'avait pas coûté cher. Bref, on était en train de descendre la chercher, et là Abe m'a soudain fait remarquer que depuis le début je le vouvoyais alors qu'il me tutoyait. Il m'a demandé de l'imiter et de faire tomber ces barrières de politesse. Ça m'a fait un peu drôle qu'il me dise ça, je ne m'y attendais pas, en vérité je n'avais pas vraiment fait attention à la manière dont je m'adressais à lui. « D'accord » j'ai répondu, « c'est juste une habitude que j'ai, j'imagine. Je veux dire... » Je me suis interrompue. Est-ce que je devais parler de toi et des autres. Est-ce que je devais raconter ma vie – la vraie. Est-ce que je devais parler de mon éducation bourgeoise. « J'ai appris à parler ainsi, à vouvoyer les ''inconnus'', vous voyez, enfin, tu vois, depuis que je suis toute petite. Il y avait des gens dans ma famille qui voulaient qu'on ressemble un peu aux nobles, aux Fawkes, leurs bonnes manières et tout. » Quelles foutaises. Heureusement que toi, tu n'as jamais été ainsi !

Abe a haussé les épaules comme si au final toute cette histoire n'avait pas d'importance et j'ai trouvé qu'il avait raison. Il souriait et j'aimais bien son sourire – il y a des gens avec un sale rictus, mais lui il souriait bien. Je ne sais pas expliquer. Il m'a tenu la porte en faisant une courbette exagérée et ça m'a fait rire. Ça a chassé une partie de la tristesse qui me pinçait le cœur à ressasser tout mon foutu passé, avec toi ou sans toi. J'ai passé la main dans les cheveux blonds d'Abe pour les ébouriffer et j'ai dit : « Merci, vous êtes bien aimable, très cher. » Là, je l'ai vouvoyé exprès. Je souriais aussi, je me sentais gaie. Mais en allant sous la pluie j'ai été beaucoup moins joyeuse : de commode blanche, il n'y en avait plus. Disparue. Envolée. « Bordel » j'ai soufflé, et je me suis maudite de l'avoir laissée là sans surveillance. Quelle conne j'avais été ! Je suis restée plantée là, j'ai regardé alentour et il n'y avait rien, nulle part, celui qui l'avait chapardée avait disparu aussi. C'est idiot mais j'ai eu envie de chialer, putain, de chialer comme une enfant qui a perdu son jouet favori. Ce n'est même pas que j'y tenais, à cette fichue commode. C'est juste que c'était salaud de s'esquinter à remonter des trucs à deux, de bien s'amuser, et puis de sortir et de se rendre compte que pendant ce temps-là des gens se se sont servis dans vos affaires.

La pluie tombait sur la veste, il pleuvait comme c'est pas possible de pleuvoir, j'ai avalé plusieurs fois pour ne plus avoir envie de pleurer, je me suis tournée vers Abe et je lui ai dit : « C'est pas grave. » Je ne sais pas pourquoi je lui ai dit ça. « Tant pis » j'ai dit encore, mais je n'ai pas bougé. Je n'avais pas envie de lancer Abe à la trousse des voleurs, ç'aurait été moche de ma part, il n'était responsable de rien. Et je n'allais pas contacter Anthony Myers non plus. A quoi bon ?

Le vent a changé de direction et la pluie a coulé sur mon visage, comme des larmes. Je me suis demandé si tu étais là-haut, une seconde, une seconde de trop.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Lun 28 Sep - 21:52

Avec cette main qui lui ébouriffait les cheveux Abe se sentait comme un enfant que l'on félicitait ce qui est une sensation étrange quand on a 23 ans. Il se sentit soudain nostalgique et le parfum de sa mère lui revint en mémoire, ça faisait longtemps se disait-il, mais c'était un bon souvenir. Il laissa la porte retomber d'elle-même et se tourna vers la rue qui était étrangement déserte. Son air ahuri devait souligner le fait que la situation lui échappait. De son côté cela sonnait comme un meuble en moins à monter. Ce n'était ni bon, ni mauvais. Jolibelle par contre… Il ne savait pas trop ce que représentait ce meuble mais elle n'avait pas l'air ravie. Elle qui plaisantait l'instant d'avant semblait ébranlée et sur le point de pleurer. Le jeune homme se frotta l'arrière de la tête et baissa les yeux. Pour tout dire, la tristesse le mettait vraiment mal à l'aise et les larmes, c'était pire. Son empathie prenait alors le dessus et un vieux pincement le saisissait, en général, c'était le moment que le blondinet choisissait pour s'extirper. Il n'avait vraiment aucun tact devant des situations malheureuses. Mais cette fois-ci ce ne serait pas si simple de s'en aller puisqu'elle allait vivre avec lui. Il se pinça les lèvres. Ça ne lui plaisait pas du tout, lui qui détestait toute forme de conflit et de violence ne supportait pas de se servir de son don comme ça. Toutefois ne dit-on pas « aux grands maux les grands remèdes » ? Il s'approcha de la jeune femme et lui adressa ce qui se voulait être un sourire réconfortant. Il avança une main qu'il allait poser doucement sur son épaule mais se ravisa et dit simplement.

« Ne t'en fais pas, ça va s'arranger. »

Il recommença alors à user de son pouvoir, ce ne serait pas long et pour transporter un meuble pareil, aucun doute, les voleurs avaient prévu un véhicule. La partie n'était pas gagnée d'avance mais ça valait le coup d'essayer. Comme à chaque fois le jeune homme se sentit aspiré et le monde ralentit énormément autour de lui. Habituellement ça lui aurait semblé encore plus lent mais dans l'immédiat sa fatigue le tenait encore un peu alors c'est lui qui était plus lent que dans son état normal. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour trouver la batte cachée sous son lit entre son gant et sa cross de hockey. S'il avait deviné qu'elle lui resservirait un jour…


En un rien de temps, le jeune homme avait fait tous les proches environs de son immeubles mais aucune traces de voleurs quel qu’ils soient. Il n'avait pas eu assez d'avance, ni assez d'énergie, il n'aurait pas les ressources pour étendre suffisamment son domaine de recherche. Il devait tenter une dernière direction, après les ravisseurs seraient déjà trop loin alors au hasard le jeune homme s'élança dans un boulevard à l’affût de tous les coffres de voitures et autres camionnettes. Il devait s'être écoulé 2, peut-être 3 minutes quand Abe les trouva. Ces quelques minutes même si elles n'ont l'air de rien représentent une éternité et une distance incroyable pour lui qui commençait à sentir la lourdeur dans ses jambes. Il s'agissait d'une voiture tout ce qu'il y a de plus banal et le coffre n'avait même pas été fermé totalement. Les passagers avaient dû croire qu'on ne les suivraient pas de toute façon…


Abe s'approcha de la voiture et armé de sa batte démoli une à une les vitres de la voiture en frappant comme un forcené alors que celle-ci était arrêté à un feu. Quand le temps revint à lui le blondinet sentit un vent intense désireux de le projeter mais son corps ne flancha pas cette fois-ci. Le temps reprit son court et pendant que les voleurs criait de stupeur devant l'explosion des fenêtres de leur voiture Abe s'appuyait les mains sur ses cuisses et reprenait son souffle avec difficulté.


Le premier des deux homme était gras, chauve et avait une barbe rousse bien broussailleuse, une tête à faire peur. L'autre était tout maigrichon avec des dents en moins et un tic à l’œil droit. Il avait plutôt l'air d'un camé qu'un voleur mais ça allait parfois de paire. En définitive, pour Abe, ça n'était qu'une belle paire de trou d'uc et face à lui, ça n'était même pas la peine d'espérer tenir 2 secondes, et on parle en véritables secondes. Il s'appuya sur le haut de la fenêtre du chauffeur désormais « ouverte » et n'y alla pas par quatre chemins.

« Écoutez… « Il reprit son souffle. « Voilà ce qu'on va faire. Vous allez ramener ce meuble et même le monter jusqu'à chez moi. Si vous refusez, ce n'est pas les vitres que je défonce avec cette batte. » Tout en disant cela son bras agitait la batte fraîchement utilisée.

Comme promis les deux truands à deux francs retournèrent sur leur pas et très vite la voiture se gara devant son immeuble. Abe avait profité de la voiture pour ne pas utiliser son pouvoir. Toute cette histoire l'avait complètement claqué. Il descendit et rejoignit à grandes enjambées sa colocataire qui attendait dans le hall. Il se tourna avant d'entrer et cria aux deux guignols les ordres à suivre.

« Allez les gars on monte le meuble, appartement 307 ! »

Une fois dans le hall le jeune homme s'adressa à Jolibelle avec le ton de celui qui a réussi.

« Et bien, on peut dire que j'ai eu de la chance. J'ai même réussis à dégotter deux paires de bras. »

Il désigna les deux type qui entraient avec un demi-sourire.

« Cela dit on ferait bien de les suivre dans les marches, je ne suis pas sur de pouvoir leur faire confiance. »

Et tout se déroula comme prévu, les deux types montèrent le meuble jusque sur le palier et Jolibelle et Abe les suivirent. Une fois devant la porte Abe qui était entre les pseudo-brigands et Jolibelle leur adressa un regard méprisant et leur souhaita avec toute la politesse du monde :

« Au revoir messieurs, au plaisir de ne jamais vous revoir. »

Les deux hommes s'exécutèrent. De son côté Abe ouvrit la porte pour faire entrer le dernier meuble dans l'appartement.


« Je suis désolé d'avoir mis tant de temps, mais j'ai l'impression que cette histoire se finit plutôt bien. »
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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Mar 29 Sep - 21:11



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


Chère,

Je ne savais pas que ça existait encore, des gens en qui on peut avoir confiance. Des gens qui veulent nous aider, vraiment, et qui viennent concrètement à notre secours. Prends Anthony Myers, par exemple : je sais bien que la camionnette pour le déménagement, elle n'est pas gratuite. Anthony trouvera bien un moyen de se faire dédommager, s'il a besoin du soutien d'un Reion pour obtenir telle ou telle faveur ici ou là, en Hume qu'il est. Tu comprends où je veux en venir ? Aujourd'hui, Abe aurait pu me dire c'est moche que tu te sois fait voler ce meuble et tout, et on n'aurait rien ajouté et l'incident aurait été clos. Je m'en serais remise. Je ne sais pas pourquoi je me suis mise dans tous mes états pour une satanée commode.

Mais Abe n'a rien dit de tel. Il m'a conseillé de ne pas m'en faire, que tout allait s'arranger. Il m'a souri, puis il a disparu. Je veux dire, il s'est remis à courir à la vitesse du son. J'ai juste vu qu'il filait dans l'immeuble, et je suis resté plantée là, je ne savais pas si je devais le suivre ou quoi. Avant que j'aie pu prendre une décision, Abe est revenu, puis s'est élancé à travers le Quartier Est. Je n'ai aperçu que sa silhouette floue mais j'ai bien enregistré ce qu'il tenait en main. Une batte. Bon Dieu, j'ai pensé, il est sérieux, il va vraiment aller dégommer les gens qui m'ont chapardé la commode ? Tout à coup je l'avais, le mec pour aller casser la gueule à ceux qui pourriraient ma vie. Et tu sais quoi ? Ça ne m'a pas fait plaisir, en fait je me sentais mal. Je trouvais que tout ce qui arrivait, c'était mon problème et tout, et que je ne devais pas envoyer Abe – ni personne – faire le sale boulot à ma place. Je crois que je le lui ai dit. J'ai crié : « Abe ! Puisque je te dis que ça ne fait rien ! Laisse ça, celui qui l'a volée peut être n'importe où, de toute manière ! » Mais autant parler au vent.

Alors, j'ai attendu. Je me suis mise à l'abri de la pluie dans le hall de l'immeuble et je me suis assise à terre. Soudain j'ai eu envie d'une cigarette, là tout de suite, ce qui était assez bizarre puisque j'ai fumé une semaine entière quand j'avais dix-sept ans et après j'ai été dégoûtée à vie de l'odeur de nicotine. Même pour me donner de l'allure je n'y arrive pas. Bref, comme je n'avais pas le moindre mégot sous la main je me suis rongé les ongles. Je pensais à Abe en train de tabasser des gens. J'ai trouvé que son geste était courageux et en même temps stupide. Je ne sais pas. J'étais super touchée et tout, vraiment, mais d'un autre côté je trouvais que les efforts d'Abe étaient superflus. Je n'avais pas envie qu'on ait des emmerdes à n'en plus finir avec la police et tout. Je suis comme toi : un peu lâche. Tu disais souvent, si on peut éviter d'empirer la situation...

J'étais arrivée à l'auriculaire droit quand une bagnole aux vitres défoncées s'est arrêtée devant le bâtiment. Abe en est sorti (à vitesse normale), sa batte à la main, puis deux mecs plutôt du style clodos. Deux bonnes grosses dégaines de saligauds imbéciles, il aurait plus manqué que la bouteille de vodka et les tatouages de crânes sur le bras pour parfaire le tableau de vandales. Abe, en se dirigeant vers l'entrée de l'immeuble, leur a carrément donné des ordres et tout. Je me suis remise debout en souriant à demi parce que Abe n'avait pas vraiment la carrure d'un donneur d'ordres ni d'un type en impressionnant d'autres. Je veux dire, il est grand et pas tout pâlichon, mais je ne sais pas. Je ne le voyais simplement pas ainsi. J'ai ouvert la porte vitrée et il m'a dit d'un ton tout fier qu'il avait eu de la chance, et qu'on n'allait même pas se fatiguer à porter la commode : d'autres allaient le faire pour nous. Et en plus, c'était vrai. Les deux couillons qui nous avaient fait le coup l'ont payé en grimpant tous les escaliers jusqu'au 307 avec le meuble. Abe et moi les avons suivis, et pendant qu'on montait les marches j'ai pensé que c'était rare dans la vie que tout se passe bien comme on voulait. Les voleurs nous ont déposé la commode sur le palier sans rien dire, puis Abe les a congédiés avec mépris et ils ne nous ont même pas lancé une insulte. Juste, celui qui était camé m'a regardée de bas en haut et de haut en bas comme un morceau de barbaque. J'ai fait pareil avec lui et je lui ai sifflé, très bas : « Tu peux toujours crever. » Je sais bien ce qu'il pensait, le salopard. Et ça me tue que des mecs considèrent une femme, pardon, une femelle, de cette façon.

Après qu'ils aient filé, Abe a ouvert la porte et a dit qu'il était désolé pour le temps et tout. « Dis pas de conneries » j'ai répliqué en levant les yeux au ciel. Puis il a ajouté que tout avait l'air de bien se terminer, et j'ai répondu : « Oui, c'est plutôt rare. Enfin, je veux dire, que tout se termine si bien. Je croyais que tout était perdu et tout, mais en fait c'est toi qui as eu raison de persévérer. » Je n'sais pas pourquoi je lui ai sorti ça. J'ai revu la voiture aux vitres explosées. Pendant qu'on posait le meuble dans ma nouvelle chambre, avec les autres, j'ai dit : « Leur bagnole, c'était une Volkswagen, non ? » J'ai réfléchi en passant la main sur la commode encore trempée. « Ils n'avaient pas la gueule de mecs assez friqués pour en posséder une. J'imagine que le vrai propriétaire va être salement en colère quand il verra l'état de sa caisse ! » Je me suis mise à rire, un peu. J'étais soulagée que cette histoire se termine ainsi. « Abe ? » Je me suis rendue compte que j'avais oublié la plus élémentaire politesse. « Merci. Pour tout ça. » J'ai souri.

J'ai baissé les yeux sur l'étalage de cartons puis j'ai regardé l'heure sur mon Iphone flambant neuf. « Il est encore tôt – seize heures trente – mais ce soir ça te dirait d'aller manger quelque part pour fêter ça ? Notre colocation et tout ? Où tu veux. Je t'invite. » Je lui devais bien ça. J'ai enlevé la veste ruisselante de pluie et j'ai secoué la tête pour remettre mes cheveux en place. J'ai cherché un élastique dans la poche de mon jean pour les attacher en queue de cheval, histoire de ne pas être gênée pour commencer le rangement véritable de mon bazar. « Je range un peu, je me prépare et puis on irait. Ça te plairait ? » J'avais déjà été à midi au Café du Sentier Perdu avec Anthony Myers mais ça ne me dérangeait pas de sortir à nouveau. J'avais envie d'en apprendre davantage sur Abe. De le connaître, et puis juste de passer la soirée dehors, avec quelqu'un. J'ai vivement espéré qu'il accepte.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Mar 29 Sep - 22:40

Persévérer, hein ? Le mot le fit bien rire intérieurement. Cela ne lui correspondait pas du tout. Habituellement Abe était du genre à fuir, simplement fuir. Cela devait bien faire une éternité que la violence n'avait plus faire parti de son registre d'action, peut-être bien à la maternelle avec Baptiste Esrin... Pourquoi ça lui faisait penser à ça ? Quoi qu'il en soit, ce n'était pas une bonne chose. Mais comme le jeune homme l'avait dit plus tôt, la chance leur avait sourit. Si n'importe qui l'avait arrêté pendant que celui-ci faisait son fier ça n'aurait pas si bien finit. Il n'arrivait même pas à savoir pour quelle raison ça lui avait été impossible de rester à ne rien faire, comme d'habitude. Il dit d'une voix plutôt faible, d'ailleurs c'était quelque chose qu'il ne pensait pas dire à voix haute.

"Non, je n'aurais peut-être pas dus. J'ai eu de la chance."

La plaisanterie de Jolibelle sur la voiture lui arracha un rire franc. Il se laissait aller et cette blague lui mit du baume au cœur. Elle avait parfaitement raison, ce qui l'étonnait c'était de ne pas s'en être rendu compte de lui-même. Remarque, ce n'était pas quelqu'un de bien observateur et ça lui avait valut des engueulades avec plusieurs de ses ex-petites amies. C'était une qualité enviable.

"Effectivement je n'y avais pas pensé." Il haussa les épaules. "D'un autre côté, le coup des vitres ça les a bien refroidit alors j'imagine que c'était un sacrifice nécessaire, et puis, il y a eu plus de peur que de mal."

Il était relativement content que son subterfuge ait marché, mais face à des lascars plus misérables que méchants ça n'avait rien d'un exploit. C'était même du gâteau.


Quand Jolibelle le remercia, Abe se sentit bête. Il ne savait pas trop quoi répondre. Lui n'était pas sûr de mériter des remerciements et en plus avec un don comme le sien ça valait le coup d'essayer. S'il avait craché du feu ça n'aurait même pas été intéressant d'essayer alors en conclusion, tout le monde dans sa situation aurait sans doutes fait exactement la même chose. Il se gratta dans le cou alors que ça ne le démangeait même pas, mais les remerciements le mettaient toujours mal à l'aise.

"Inutile de me remercier, c'est naturel d'aider quand on peut le faire."

Il était en train de déplacer le meuble et le tabouret pour les dégager du passage quand la jeune femme lui proposa de sortir dans la soirée. Sa réaction ne fut pas immédiate car son premier réflexe fut de réfléchir. Comme ça s'il devait répondre sans réfléchir, ça aurait été oui ; après tout, cela semblait une bonne idée. Elle lui expliqua ensuite à quoi elle avait pensé et pour être honnête, ce plan était séduisant. Premièrement, parce que ça ne l'obligeait pas à cuisiner. Deuxièmement, c'était une bonne opportunité d'apprendre à se connaître, à l'issue de cela le jeune homme saurait probablement si ça allait fonctionner. Enfin, oui, ça lui plairait. 

"C'est d'accord mais c'est moi qui invite, je me sentirai trop mal de te laisser payer."

Il ouvrit le frigo et se servit une bouteille d'eau fraîche. Il sortit un verre, le remplit, le vida d'un trait et le remplit à nouveau. A croire que courir ça donnait soif. Il rangea le tout et entreprit d'aller prendre une douche pour la seconde fois aujourd'hui. Cela dit, après tout ce grabuge, ça n'était même pas la peine de penser y couper. Il entra dans sa chambre et y prit quelques fringues propres.

"Le temps que tu ranges tes affaires je vais me doucher, fais comme chez toi. Après tout, c'est chez toi aussi désormais."

Sur ce, le blondinet s'enferma dans la salle de bain, prit soin d'enlever son bracelet et se plongea sous un jet d'eau bien chaude. La meilleure sensation du monde, ou presque... 


Quand Abe sortit finalement de la salle de bain, ses fringues avaient changé et celui-ci filait pieds nus et torse nu en direction de sa chambre tout en s'ébouriffant les cheveux déjà tout en pétard avec sa serviette. Il s'empara d'une chemise à carreau et d'une paire de chaussettes avant de ressortir avec son vague sourire habituel. Il regardait Jolibelle qui rangeait ses affaires et proposa son aide.

"T'as besoin d'un coup de main ?"

Il ressentait encore la fraîcheur d'être tout propre et adorait cette sensation...

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Mer 30 Sep - 21:13



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


Abe a eu l'air tout gêné quand je l'ai remercié. Il a murmuré quelque chose comme quoi il n'aurait peut-être pas dû s'élancer derrière les voleurs ni rien, que finalement il avait juste eu de la chance. Je n'ai pas très bien saisi ce qu'il voulait signifier par là. Je veux dire, c'est vrai que s'il était tombé sur de vraies racailles, et que son acte héroïque avait salement tourné – si c'était lui qui s'était fait casser la gueule – on aurait été mal. Tous les deux. On devait donc beaucoup à la chance. Pour une fois, j'avais envie de soupirer. Ce qu'on appelle de la ''chance'', nous en avons souvent eu moins que notre part, hein ? Tu peux – enfin, tu pouvais – en témoigner, chère.

Bref, Abe a quand même ri sincèrement quand j'ai évoqué la Volkswagen. Puis, quand on en est revenus aux remerciements, il s'est gratté le cou et a affirmé que c'était normal d'aider quand on pouvait le faire. « Eh bien, ton aide a été précieuse » j'ai dit, et j'ai souri. Je me sentais un peu mal à l'aise aussi. J'ai chipoté à une mèche de cheveux qui s'était échappée de l'élastique. Comme Abe n'a pas répondu immédiatement à mon invitation à manger, j'ai eu peur qu'il refuse et tout. Je me préparais déjà au non, désolé, mais... Quand il a enfin dit qu'il voulait bien, sauf qu'il voulait payer, parce qu'il se sentirait trop mal de me laisser régler la note. Je sais que c'est idiot mais ça m'a vexée. « Non » j'ai dit, d'une voix très ferme et claire et tout – « je veux me charger des frais. Je te dois bien ça. D'accord ? » J'ai prononcé ce dernier mot en le fixant d'une telle manière qu'il comprenne que d'accord ou pas, je comptais bien agir comme je l'entendais – sur ce point du moins.

Cela fait, Abe s'est éloigné pour boire puis se doucher, et quand la porte de la salle de bains s'est refermée sur lui j'ai commencé à installer mon bazar. J'ai regardé minutieusement ma nouvelle chambre, elle est suffisamment spacieuse, elle m'a plu dès le premier jour – aujourd'hui, donc. Je me suis dit que cette colocation avait l'air d'être vraiment une bonne affaire, et je m'en suis félicitée. Puis je me suis attelée à l'ouverture des cartons, et à sortir vêtements, chaussures, et autres habits pour les ranger dans la penderie. J'ai posé une robe bleue sur le lit, d'une couleur claire unie et aux longues manches, je la trouvais bien, simple mais jolie, pour la soirée. Après les oripeaux, j'ai commencé à sortir les livres et les babioles. Je ne me souvenais plus d'en avoir empaqueté autant. Coincé entre un mug où il est écrit « I Love Brussels » et un cheval en porcelaine, j'ai trouvé une peluche en forme de lapin, avec l'étiquette du magasin et tout. Merde, je l'avais totalement oubliée ! Mais quand je l'ai revue, je me suis souvenue l'avoir achetée pour Lo, une fois que j'avais eu une réduction sur je ne sais plus quoi. Je l'ai posée sur le lit, au-dessus de la robe bleue. C'est un beau lapin gris.

Quand Abe est sorti de sa douche, j'ai eu le temps de l'apercevoir, torse nu et tout. Crois-moi, il n'est pas mal de sa personne, le petit blondinet (qui est aussi grand que moi). Il est venu peu après dans ma chambre, avec une chemise à carreaux et des chaussettes cette fois. Il m'a proposé son aide, et je lui ai dit, en lui rendant son sourire : « Tu es plutôt mignon, tu sais ? » Bon, je ne le draguais pas vraiment. Enfin, je pense ? J'ai ri, sans moquerie, plus par taquinerie. J'ai eu envie de lui ébourrifer à nouveau les cheveux (qui étaient déjà bien emmêlés) mais je me suis retenue. J'ai choisi de répondre à sa question : « J'ai presque fini. J'ai sorti le plus important, le reste peut attendre. Mais merci en tout cas. » J'ai voulu prendre la robe et une serviette de bain pour me doucher à mon tour quand j'ai avisé le lapin. Je l'ai pris dans mes bras et j'ai caressé les poils synthétiques très doux. « C'est un jouet que j'ai acheté pour mon fils et que j'ai oublié de lui offrir. Je suis parfois sacrément distraite. » J'ai souri brièvement puis j'ai pensé à Lo et ça m'a assombrie un brin. J'ai regardé Abe et j'ai espéré qu'il n'allait pas réagir comme d'autres personnes que j'ai côtoyées, quand elles ont appris que j'ai été mère à dix-huit ans et tout, alors que je suis une Reion et non pas une minable Hume (ça passe mieux). « Lo ne vit pas avec moi, il est chez mon frère, au Centre-Ville » j'ai commencé à expliquer. J'ai revu Lo là-bas chez Mathieu, à la fois si proche et si loin de moi. Je m'en veux de ne pas pouvoir l'accueillir chez moi, je m'en veux de ne pas jouer le rôle d'une vraie mère. « Il a trois ans » j'ai poursuivi, « un jour je te le présenterai. » J'ai essayé de faire bonne figure mais ce n'était pas aisé. « Il me manque beaucoup » j'ai dit enfin, assez bas, puis j'ai reposé la peluche sur le lit et j'ai pris la robe, la serviette et mon nécessaire de toilette. « Je vais me préparer à mon tour » j'ai dit, en me secouant un peu.

Sous la douche j'ai pensé à Lo, à Abe et à toi. J'ai regardé l'eau sale disparaître par le siphon et je me suis demandé pourquoi il n'y avait pas moyen de lessiver sa vie de cette manière, de la savonner, de la rincer, de faire partir toutes les taches, tous les échecs, les moments pénibles, les humiliations, le malheur ; pour que l'existence devienne toute pimpante et propre ? Plus tard, quand je me suis coiffée et remaquillée devant le miroir, j'ai pensé à toute la façade qu'on offre aux gens, aux autres, une façade de bonheur, de confiance, de joie, alors qu'on n'est rien de tout ça. Ma main a tremblé légèrement en appliquant le mascara, ça faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé.
Lorsque j'ai mis la robe bleu ciel j'ai eu l'impression de me revoir à quinze ans, tu te souviens ? J'avais exactement la même. J'ai relâché mes cheveux et à part que j'ai pris de la hauteur et que j'ai un physique plus adulte je ressemblais vraiment à l'adolescente que j'ai été. C'était troublant.

Quand j'ai quitté la salle de bains, il était dix-huit heures. J'ai trouvé que c'était un bon timing. « Je suis prête ; et toi ? » j'ai lancé à Abe, simplement.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Jeu 1 Oct - 0:11

En général, quand Abe proposait de payer une addition, les femmes ne se bousculaient pas pour refuser sa proposition. Pourtant Jolibelle n'avait pas semblé hésiter une seconde quand elle lui avait répondu d'un « non » catégorique. Il s'en sentit presque décontenancé mais sa surprise laissa vite place à un sentiment de compréhension. Lui qui se sentait constamment redevable comprenait parfaitement cette sensation. Il haussa les épaules et esquissa un sourire.

« D'accord, je trouverais une excuse pour t'inviter une prochaine fois alors. »

Une fois propre comme un sous neuf le jeune homme avait été voir s'il ne pouvait pas être utile pour ranger tous les cartons. Mais la réponse à sa proposition le laissa perplexe encore une fois. Il ne savait pas trop si elle pensait ce qu'elle disait ou si elle prenait un malin plaisir à le taquiner. D'autant que Abe n'avait rien du bourreau des cœurs, c'était plutôt quelqu'un de simple à ce niveau là. Et même si la vie avait été sympa jusque là ce n'était pas le genre à courir après les gens quel qu'ils soient. En tout cas, ce compliment le fit rougir jusqu'aux oreilles et tout ce qui lui vint à l'esprit quand vint le temps de rétorquer ce fut :

« Ne dis pas de bêtises. »


Il avait dis ça avec douceur et à son rire sa colocataire n'avait pas dit ça par méchanceté non plus. Quoi qu'il en soit le malaise s'estompa et la jeune femme lui répondit. Apparemment, Abe avait trop traîné. Il fit une moue étrange. Il s'en voulait un peu de ne pas l'avoir aidé mais ce qui était fait… Puis elle s'empara d'une peluche de lapin qu'elle caressa distraitement. Sur le moment le jeune homme pensa qu'elle devait avoir encore une âme d'enfant mais quand elle mentionna son fils le mystère s'éclaircit. Il est toujours difficile de savoir comment réagir dans ce genre de situation et même si Abe aurait aimé le cacher la surprise due transparaître, ne serait-ce qu'un peu. Toutefois dans l'idée, ça ne le dérangeait pas. Après tout, elle avait l'air d'aimer son fils plus que tout alors ça suffisait, non ? Il répondit à la première remarque par un amalgame maladroit avec lui-même.

« Oui je comprends ce que tu veux dire, je suis exactement pareil. »

Alors que Jolibelle lui parlait de son fils le jeune fanfaron insouciant qu'il était ne su pas trop quoi répondre. Il la trouva touchante et mignonne malgré la nostalgie mêlée de tristesse qui semblait l'habiter quand elle parlait de son petit garçon. Quand elle en vint à lui parler de lui présenter son enfant un jour Abe sourit chaleureusement et répondit simplement :

« J'aimerais bien. »

Il n'était pas trop axé enfant, du moins ça n'était pas le bon moment pour lui. Néanmoins le blondinet s'entendait étonnamment bien avec les enfants. Il ne savait pas trop si cela venait de son immaturité ou d'un reste de sa jeunesse mais les enfants l'aimaient bien alors oui, ce serait sympa de le rencontrer un jour.


Peu après cela la jeune femme se leva et entreprit d'aller se préparer à son tour. Le jeune homme s'écarta de l'encadrement de la porte et entreprit d'aller s'affaler dans le canapé. Il s'effondra dans le canapé en calant un bras sous l'arrière de sa tête. Il ne fit rien de plus que regarder le plafond. L'histoire de Jolibelle lui trottait dans la tête et une idée lui vint à l'esprit. Dans cet appartement, en plus de la chambre de Jolibelle, Abe avait aussi une autre pièce. Anciennement le bureau de Gareth, la pièce était actuellement encombrée, poussiéreuse, mais inoccupée. Il n'y avait pas touché, ne voulait surtout pas en faire une troisième chambre et pour être franc, si ça ne tenait qu'à lui, personne n'y toucherait. Mais si cela permettait de faire une chambre d'enfant. Elle pourrait le voir plus souvent comme ça… C'était un bon plan, une vraie bonne idée mais est-ce que ça irait ? Il lui en parlerait d'ici quelques temps.
Il resta un bon moment comme ça. Allongé sur le canapé à regarder le plafond en se disant que cela fait du bien de ne rien faire par moment. Puis, à un moment, la porte de la salle de bain s'ouvrit. Abe en eut le souffle coupé. Il scruta la jeune femme de bas en haut et dû bien admettre qu'elle avait un charme fou. D'ordinaire, elle était déjà magnifique mais avec une robe et une touche de maquillage… Il était subjugué et le peu qu'il réussit à articuler sur le moment a été un éloquent : « Ouah » Ce qui en langage commun devait signifier quelque chose comme « magnifique ». A côté lui avait l'air d'un idiot. Il faudrait qu'il se trouve de fringues classes un de ces jours, histoire de…


Quand elle proposa d'y aller, le jeune homme s'activa, mettant chaussures à ses pieds et allant chercher une veste dans le placard de l'entrée.

« Ça y est, prêt ! »

Il hésita un instant.

« Et, ta robe te va très bien, tu es... »

Il n'était pas très doué pour les compliments, ça n'avait jamais été son fort. Comme quoi les compliments dans un sens comme dans l'autre ça n'était pas fait pour lui. Il s'interrompit et se dirigea plutôt vers la porte d'entrée. Il l'ouvrit et s'écarta pour la laisser passer.

« Alors ? Où est-ce qu'on va ? »

Il était soudain très curieux, l'idée de leur destination ne lui avait même pas encore traversé l'esprit.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Jeu 1 Oct - 21:13



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


Abe aussi m'a regardée de bas en haut et de haut en bas. Comme le voleur camé, sauf que son regard à lui était beaucoup moins lubrique et plus flatteur. Je veux dire, je n'ai pas eu l'impression d'être un morceau de viande. Il a prononcé un ''ouah'' qui n'avait pas besoin d'explication, et j'ai souri. J'ai trituré la robe parce que, je ne sais pas, j'étais un peu gênée et en même temps très contente d'impressionner quelqu'un. J'ignore si tu as déjà ressenti ça, chère, mais c'est un sentiment assez grisant. Peut-être bien que j'ai rougi un brin, à propos. Pendant ce temps, Abe s'est redressé du divan où il était vautré et a mis ses chaussures ainsi qu'une veste. Il était prêt. J'ai attrapé mon manteau noir, mon sac à main avec mon portefeuille et tout – j'ai vérifié rapidement qu'il me restait suffisamment de fric (ça pouvait aller). Et on a quitté l'appartement.

Avant de sortir, Abe a hésité puis il a essayé de faire un compliment sur ma robe, mais il n'a pas réussi à aller jusqu'au bout. Ça m'a fait sourire à nouveau, j'ai trouvé ça mignon. « Merci » j'ai soufflé. J'ai failli, je te le promets. J'ai failli commencer à tout lui déballer : la robe de mes quinze ans, mon adolescence, et tout mon foutu passé. Ça m'a comme brûlé la bouche, un moment. Mais au final je n'ai rien ajouté. On est descendus en silence, je crois, jusqu'à ce qu'Abe me demande où on allait, exactement. Je connais assez bien l'île, et je sais qu'au Quartier Est il y a, à la Place du Marché, un café pas cher où la bouffe n'est pas trop dégueulasse, qui conviendrait très bien. Je connaissais parce que quelques mois plus tôt, je suis allée y chanter. Ivy O'Hara m'avait fait une coiffure pas possible, je m'en souviens, avec des espèces de tortillons de cheveux à chaque côté de la tête, et le reste lâché. Ce n'était pas laid, mais j'avais vraiment une tête de gamine. « Je connais un bistro sympa » j'ai répondu. « Juste ce qu'il nous faut : ni snob, ni plouc, pas hors de prix, et on mange bien. Tu verras. » J'ai parlé avec plus d'assurance que je n'en avais en réalité.

Dehors, il avait enfin cessé de pleuvoir, mais tout était trempé. J'ai soudain eu envie de voir la mer, le Port et tout. Le café n'était pas dans cette direction mais ça n'avait pas d'importance. « Ça ne te dérange pas si on fait un détour par le Port ? » j'ai demandé à Abe. « J'ai, euh... J'ai envie de voir la mer. » Dit comme ça, ça m'a paru idiot. Mais comme c'est impossible d'effacer les mots qu'on a formulés, j'ai entraîné Abe vers le Port. Le vent soufflait fort et mes cheveux bien coiffés en ont pris un coup. Quelquefois ça m'agace d'avoir les tifs si longs.

Arrivés près du Port j'ai ressenti cette joie bête de quand j'avais moins de dix ans – oulàlà, ça commence à dater drôlement... J'adorais, à l'époque, les bateaux multicolores, le cri de goélands, les marins qui déchargent leur embarcation, et tout le bordel. En primaire, on avait été visiter un bateau de pêche et j'étais aux anges. Voilà ce que j'aurais dû faire : matelot. J'aurais acheté un magnifique voilier et avec Lo, on aurait fait le tour du monde, au lieu de rester toute notre vie sur cette satanée île.
Ce soir c'était la marée basse, il y avait moyen de descendre sur le bout de plage. J'ai pensé à un vieux rêve d'enfance que j'ai raconté à Abe : « Quand j'étais petite, je voulais, une fois dans ma vie, faire du cheval sur la plage. J'avais l'impression qu'il n'y avait rien de plus beau, aucune plus vibrante image du bonheur. » J'ai été surprise moi-même de la voix que j'ai employée pour expliquer ça : une voix froide. Soudainement ça ne me plaisait plus d'être ici. Je n'avais plus envie de ressasser avant. Avant... Tout ça. « Viens » j'ai dit à Abe, presque immédiatement après. « Il fait caillant. Allons manger. » Je l'ai pris par le poignet, gentiment, pour lui faire comprendre que tout à coup je n'avais plus envie de m'attarder. J'ai manqué lui dire ce n'est pas de ta faute, mais je me suis tue.

Je ne me rappelais plus le nom du café mais je l'ai identifié assez vite. « C'est là » j'ai dit, et après avoir poussé la porte, sur qui est-ce qu'on tombe ? Sur Ivy O'Hara, bien sûr. Comme Abe et moi étions pour ainsi dire les seuls clients – j'ai espéré que d'autres allaient arriver – c'était difficile de l'ignorer, donc j'ai été obligée d'aller lui dire bonsoir et tout. Je lui ai expliqué brièvement qui était Abe – « On est de nouveaux colocataires. » Et j'ai brièvement expliqué à Abe qui était Ivy O'Hara – « On a été employeuse et employée, un soir. » Cela fait, on s'est éloignés vers une table et j'ai feuilleté le menu sans vraiment faire attention. Je me sentais un peu triste. Une question me dérangeait depuis le début. « Abe » j'ai dit, puis j'ai réfléchi à comment la tourner convenablement. « Qu'est-ce que tu voulais dire, tout à l'heure, quand tu as dit que tu comprenais, que tu étais exactement pareil. Tu sais, quand j'ai parlé de Lo, qui me manque et tout. » J'ai dessiné des ronds sur la table en faux marbre. Je me suis demandé si Abe regrettait quelqu'un, lui aussi.

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Jeu 1 Oct - 23:14

Elle menait la barque. Pourquoi pas ? Ce n'est pas plus mal de se voir dire ce que vont être les choses. Abe se sentait comme un écolier à qui on dicte des consignes et les suivre ne serait pas un problème. Le bistrot qu'elle lui décrit lui parut familier, du moins c'était tout à fait le genre d'endroit où le jeune homme aurait aimé traîner. Sa curiosité piquée le jeune homme se surprit à essayer d'imaginer l'ambiance qui pouvait bien régner dans un endroit pareil. En tout cas elle semblait sûre de ses billes et le blondinet lui faisait entièrement confiance, ce serait sans aucun doute un endroit sympa.

« Je m'en remets à toi dans ce cas. »

Arrivée au pied de l'immeuble un paysage grisâtre était au rendez-vous. La pluie avait cessé mais le climat se montrait timide, le ciel entre gris et blanc ne semblait pas vouloir partager un brun de soleil. Du vent par contre on peut dire qu'il y en avait. En posant un pied dehors Abe reconnut l'odeur familière de l'eau de pluie sur l'asphalte. Depuis sa plus tendre enfance cette odeur lui plaisait, chaque fois ça le rendait nostalgique et même si cela trahissait une atmosphère humide, la sensation était agréable.


Ils semblaient tout deux partis quand Jolibelle proposa d'aller faire un tour au port. Abe se demanda alors si ce n'était pas proche du bistrot dont elle parlait ce qui expliquerait cette envie d'aller y faire un tour. D'un autre côté, le port était un endroit que le jeune homme affectionnait particulièrement lui aussi alors la proposition fut bien accueillie. Qui plus est, quelle meilleure raison que d'aller observer la mer, l'horizon. La vue était magnifique.

« Oui c'est d'accord, allons-y. »

Il était encore tôt de toute manière. De toute manière Abe avait choisis de se laisser entraîner par les pas de sa nouvelle colocataire. C'est comme ça que tous les deux se retrouvèrent à déambuler côte à côte sur le port où les bourrasques de vents ne laissaient aucune chance à leurs cheveux qui virevoltaient sans ménagement. L'air de la mer sentait bon et le vent qui glissait sur son visage ravissait Abe qui emmitouflait malgré tout ses mains bien au fond de ses poches. Elle profita de ce petit tour pour partager avec lui un souvenir ou plutôt un rêve d'enfant. Un sourire s'étira sur le visage du jeune homme, c'était une chouette idée… Qui plus est ce n'était peut-être pas si inaccessible comme concept.


Il s'était tourné vers Jolibelle en sentant que le ton de sa voix avait changé. Il allait ajouter quelque chose mais l'air de la jeune femme l'en dissuada en quelque sorte. C'était difficile à expliquer… C'était comme si elle était venue là pour vérifier quelque chose et que maintenant que c'était fait le goût de la chose n'était pas aussi bien que ce à quoi elle aspirait. Il est des choses que l'on préfère ne pas se rappeler, sûrement, peut-être… Elle le conforta dans l'idée qu'il s'était fait. Elle ne voulait pas traîner. Ce petit « viens » avait un vilain arrière goût de « Allons-nous en. »

« Je te suis. »

Il n'osa pas poser de question et quand elle lui saisit le poignet son audace eut raison de lui et comme une plume Abe se laissa porter par les événements. Il jeta néanmoins un regard derrière lui pour observer la ligne d'horizon. Dire que lui quand ses pas le traînaient jusque là, son unique souhait, sa seule pensée était tournée vers le continent, ce sombre inconnu. Que ne donnerait-il pas pour aller voir au-delà ?


Ils marchèrent jusqu'au quartier Est et au bout d'un moment la jeune femme poussa une porte en expliquant que ce n'était autre que leur destination. Non mécontent d'être arrivé le jeune homme ne se fit pas prier pour entrer. Il faut dire que cette journée lui en avait mis plein les pattes.


A peine arrivés les deux colocataires se dirigèrent vers une femme que Abe ne connaissait pas du tout. En réalité, ce fut plutôt Jolibelle qui s'y dirigea et lui ne fit que la suivre. Il lui sembla que cette discussion fut si brève qu'elle fut suspendue dans le temps comme un interlude, une pause. Jolibelle salua la jeune femme qu'elle semblait connaître. Elle présenta Abe très brièvement et fila presque aussitôt. Le blondinet resta un peu penaud. Il esquissa un vague hochement de tête en guise de salutation vers l'inconnue et se contenta d'un simple :

« Enchanté. »

Puis sans demander son reste le jeune homme s'esquiva avec Jolibelle. Ils se dégottèrent une table et sans attendre Jolibelle dans sa magnifique robe se mit à feuilleter distraitement le menu. Elle semblait ailleurs. Elle lui semblait parfois si innocente qu'Abe avait cette drôle d'impression de pouvoir lire en elle. C'était à la fois troublant car ni l'un ni l'autre ne se connaissait et en même temps cette forme d'innocence était mignonne. Quoi qu'il en soit elle semblait vouloir lui parler, sans oser.


Il fit de même et s'empara d'un menu tout en jetant des œillades vers sa coloc'. Il faillit demander si tout allait bien mais n'en eut pas trop le temps. Elle l'interpella et cette façon de faire lui fit comme un légers frisson dans le dos. Il se sentit comme un petit garçon sur le point de prendre un savon ou comme si elle allait lui rappeler qu'il avait oublié quelque chose d'important. Il se frotta légèrement la nuque comme pour vérifier si cette sensation n'avait pas été qu'un rêve. Elle l'interrogea alors sur un sujet insoupçonné. Il la fixa l'espace d'une seconde et son sourire s'étira quelque peu. Lui qui s'attendait à marcher sur des œufs se sentit soudain un chouïa plus détendu que la seconde précédente. Sa réponse ne se fit pas attendre.

« Oh, excuse moi, tu as raison j'aurais du préciser. Je parlais simplement du fait d'être distrait. Il se trouve que je suis étourdi. Mais concernant Lo, je ne peux qu'imaginer. Ce serait présomptueux de dire que je comprends ce que tu ressens mais je suppose que ça ne doit pas être facile s'il te manque. »

Il avait presque envie de la prendre dans ses bras mais ce genre de manque n'était pas pallié comme ça. Quoiqu'il en soit si elle devait un jour amener son petit garçon à l'appartement ça ne serait pas un problème.

« Une question me brûle la langue, mais avant, tu voudrais bien me parler un peu de lui, de Lo ? »


Il ne savait pas trop comment faire pour faire disparaître cette peine qui semblait peser sur Jolibelle mais le jeune homme espérait qu'elle se sentirait un peu mieux en parlant de son fils. De son côté, la curiosité était une part de lui qui ne disparaîtrait sûrement jamais et justement, Abe était curieux de savoir à quoi ressemblait Lo.  

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MessageSujet: Re: Combler le vide [jolibelle] Sam 3 Oct - 20:58



Combler le vide.

Abe Jarva-Urquine & Jolibelle.


J'ai été déçue par la réponse d'Abe. Oh, je ne l'accuse de rien, étant donné que je suis certaine qu'il a répondu le plus sincèrement du monde. En vérité, lorsqu'il disait que nous étions pareils, à l'appartement, il voulait signifier que nous sommes distraits tous les deux. Ce n'était pas le point commun auquel je m'attendais. Je voulais entendre ''moi aussi, quelqu'un me manque. Quelqu'un qui est loin, quelqu'un que je voudrais voir tous les jours – sauf que c'est impossible.'' Je pense que je n'ai pas pu dissimuler ma déception. D'habitude, j'arrive à peu près à cacher ce que je ressens vraiment – si quelque chose me blesse ou quoi – mais ce n'est jamais évident. Et ce soir, avec le stress du déménagement, la fatigue accumulée et tout, je n'avais plus vraiment de grand contrôle sur mes émotions. Je dessinais toujours des trucs sur la table avec le doigt, à un moment je me suis aperçue que je traçais ton surnom, et j'ai aussitôt cessé mon jeu. Le faux marbre serait devenu brûlant que je n'aurais pas si brusquement retiré mon index.

J'ai levé les yeux vers Abe, j'ai vu de la tendresse sur son visage. Je ne sais pas expliquer, elle n'était pas clairement visible mais j'ai senti qu'Abe était quelqu'un de confiance et tout. J'ai senti qu'il ne faisait pas partie des connards que j'ai eu l'occasion de rencontrer dans ma vie. Alors, quand il m'a demandé de lui parler de Lo, un sentiment tout drôle m'a prise aux tripes. Comme de la tristesse. Mais une grosse tristesse, un chagrin accumulé depuis vingt-et-un an peut-être. Pourtant, j'ai souri, et pas un grand sourire vide comme je sais en faire si je ne veux pas qu'on me demande « ça ne va pas, Jolibelle ? » Non, j'étais contente de cette question. Je savais qu'Abe était réellement intéressé, et j'ai regretté que Lo ne soit pas là, pour qu'ils se voient tous les deux et tout. Pour combler son absence, j'ai essayé de le décrire, et ce n'était pas si simple que ça. « Il a trois ans » j'ai commencé, mais ça je le lui avais déjà dit. « Son prénom complet, c'est Loïc, mais je l'appelle toujours Lo. Ma belle-sœur trouve qu'il est grand pour son âge, et l'instituteur maternel trouve qu'il ne se mêle pas beaucoup aux autres enfants de sa classe. Moi, je ne sais pas si c'est vrai ou faux, tout ce que je sais c'est que c'est mon petit garçon et que j'aimerais vraiment pouvoir m'occuper de lui comme... Enfin, tous les jours, quoi. » J'ai failli dire comme une vraie mère mais c'étaient des mots trop durs.

Ivy O'Hara a envoyé un serveur – un nouveau, je ne l'avais jamais vu auparavant – à notre table pour savoir ce qu'on voulait et tout. C'était bizarre d'être les seuls clients. Il faisait très calme et les lampes diffusaient une lumière rouge qui rendait le décor un peu irréel et tout. Quand le garçon est venu près de nous, je ne savais pas quoi choisir puisque je ne m'étais pas focalisée des masses sur le menu. Alors, j'ai pris les premières choses que j'ai eues sous les yeux : « Une omelette aux champignons et une bière, s'il vous plaît. » J'ai regardé le serveur, il ne devait pas avoir plus de dix-sept ans. Il avait encore de l'acné. Il a noté ma commande et celle d'Abe, puis il est reparti.

Je ne savais plus trop où j'en étais arrivée, avec cette interruption, aussi j'ai laissé passer un moment de silence. Trois personnes sont entrées à ce moment-là, et Ivy O'Hara a passé de la musique douce. Je me suis un peu détendue. Come to Me, a susurré une voix féminine dans la chanson, et je me suis imaginée disant ça à Lo, pour qu'on soit ensemble et qu'on ne se quitte plus. « Lo a des cheveux noirs bouclés et des yeux bruns. On a le même nez et la même bouche. Il est assez timide et taiseux mais quand on est juste nous deux il parle à n'en plus finir. Il a habité avec moi un an, puis ces deux dernières années ma situation financière et tout s'est euh... Compliquée, et j'ai dû le confier à d'autres personnes. Il vit chez mon frère, pour le moment. Quand je vais lui rendre visite et qu'il appelle Marilyn, ma belle-sœur, ''maman'', ça me fait toujours un peu mal, même si je sais qu'il est encore très jeune et qu'il ne différencie pas encore très bien nos noms. J'espère que ça lui passera, quand même. » J'ai soupiré. En fait, ça me blesse beaucoup quand Lo appelle Marilyn maman. J'aime bien Marilyn, c'est une femme que je respecte et tout. Mais si Lo la considère comme sa deuxième mère, ça veut dire que je suis trop souvent absente, que je ne suis plus le pilier central de sa vie. Un jour, il y a, quoi... Trois mois, peut-être, Marilyn m'a dit : « Le petit t'adore, Jolibelle. Quand tu t'en vas, il se met à l'écart pendant un moment. Tu devrais vraiment t'arranger pour le reprendre avec toi. » Venant d'elle, je sais que c'était sincère, qu'elle n'a pas dit ça à cause de l'argent que coûte l'entretien de Lo ni aucun de ces aspects sordides. Je sais qu'elle a dit ça parce que Lo me manque et que je manque à Lo.

« J'aimerais bien que tu le voies un jour » j'ai dit à Abe. C'est ce que je t'ai écrit, souvent, chère, mais bien sûr tu n'as plus les moyens de voir mon fils. « Et toi, Abe ? » j'ai demandé ensuite. « Tu n'as pas d'enfant, j'imagine ? » Je le voyais mal avec un petit môme qui serait de ses œuvres. Mais qui sait.

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